Un jour Antigone a fêté ses dix ans et sa mère était là.
Un jour Antigone a guidé son père en exil.
Un jour Antigone a choisi d’enterrer son frère.
Ce soir, Antigone et, OEdipe son père, Jocaste sa mère, Étéocle et Polynice ses frères, et Ismène sa soeur, forment un groupe de musique mythique. Le temps d’un concert exceptionnel, nous traverserons avec eux les épisodes de la vie d’Antigone: de son insouciance jusqu’à son choix final. Première partie ou after-show, avant ou après sa fille, Oedipe chantera lui aussi sa vie.
JERRY – Ok. On a joué Antigone. Et après? Est-ce suffisant? Le monde est à l’agonie, et on continue de jouer
Antigone. Pourquoi joue-t-on Antigone?JOSEPH – Parce que c’est le plus sûr moyen que je connais pour réveiller les gens.
JERRY – Tu penses qu’ils dorment?
Extrait de l’adaptation d’Au plus noir de la nuit – d’après André Brink
Je m’étais peu intéressé au personnage d’Antigone avant de travailler sur l’adaptation du roman Au plus noir de la nuit d’André Brink. C’est la définition de ce dernier – qui la qualifie de figure de proue de la mythologie à cause de son choix fort et définitivement humaniste – qui m’a poussé à relire toutes les Antigone de Sophocle à Henri Bauchau.
J’ai alors trouvé chez ce personnage des enjeux et des problématiques qui s’accordaient profondément à celles que je voulais développer et déposer sur un plateau. Antigone est celle qui se rebelle, celle qui ne pliera pas, celle qui le paiera de sa vie. Sa destinée nous questionne de façon frontale sur la capacité qu’ont nos générations, les unes après les autres, à se révolter, à dire non parfois, face au pouvoir, à l’austérité et l’injustice.
La révolte d’Antigone est si puissante qu’elle choisit la mort pour mieux se faire entendre. Mais comment Antigone en est-elle arrivée à cette extrémité? Une malédiction ancestrale qu’elle ne pourrait pas nommer? Une blessure profonde non cicatrisée? Une mémoire invisible qui ne saurait se taire? Les destinées désastreuses de sa mère et son père? Ou simplement l’amour qu’elle porte à son frère? Nous choisissons de « fouiller la mémoire ». De nous intéresser au personnage d’Antigone dès sa plus tendre enfance, quand elle est encore insouciante. Nous choisissons d’explorer à nouveau la parcours mouvementé de la vie d’Oedipe (le père d’Antigone), qui résonne si fort avec celui de sa fille.
D’autre part, en relisant les versions originelles d’OEdipe roi, OEdipe à Colone et Antigone de Sophocle, j’ai été marqué par la construction très précise des pièces, découpées en « strophe », « antistrophe », « stasimon », « kommos », « exodos », comme les différents mouvements d’une partition musicale dont les personnages seraient les instruments et les mots seraient les notes. Nous choisissons alors de donner une place centrale à la musique et de construire le spectacle comme un concert épique, un oratorio débridé.
]]>Ces récits à tiroirs tissent la trame d’une quête de soi, partagée entre la transmission familiale et les non-dits qui l’accompagnent. Mêlant anecdotes, chansons et photos d’archive, ce spectacle-témoignage est une invitation à questionner la construction de nos identités plurielles, et à plonger dans les méandres de notre histoire personnelle (commune), entrelacée dans l’Histoire, avec en fil d’ariane l’Indochine et la décolonisation. Une plongée haletante dans les espaces vacants et les silences de la décolonisation, qui floute brillamment la frontière entre fiction et autobiographie pour illustrer la difficulté de se construire sur les débris d’une mémoire incomplète.
]]>Ne prenez pas peur, Madame, restez-là, Monsieur et n’en faites pas une tragédie. Laissez-nous faire ! Commencez par vous défaire des vieux rideaux rouges, des fauteuils qui coincent les genoux, des ouvreuses revêches et de votre acharnement de collégienne ou de collégien à dénigrer ce que votre professeur de français vous proposait de découvrir.
Deux comédiens, pas plus c’est promis, se chargent de vous guider dans votre nouveau théâtre tout frais et tout neuf. La visite en vaut la chandelle et les coulisses regorgent de surprises.
Partagez un vers avec Oreste, Hermione, Pyrrhus, Andromaque qui ont accepté de vous recevoir dans l’intimité de leur être, nus comme des alexandrins.
]]>C’est le temps de l’enfance qui se termine, celui des choix et des séparations, du temps de la découverte et de la construction de soi. Poussière, n’est déjà plus une petite fille mais est encore loin d’être une grande personne. Les adultes que nous sommes sont-ils bien les enfants que nous étions ?
Tout comme Poussière prépare son départ, les trois acteurs, le musicien et l’éclairagiste fabriquent l’univers du spectacle, étape après étape, sous les yeux des spectateurs. Et plus le voyage de Poussière sera imminent, plus une forme d’illusion et de merveilleux surgiront.
]]>Les lois d’un monde à deux figées dans un mouvement perpétuel ne s’appliquent plus quand on est trois.
Désormais tenus de vivre ensemble, Turia, Vox Populi et Page vont chercher un nouvel équilibre en se risquant même au déséquilibre. Avidité, égoïsme, cruauté croiseront en vain le fer avec insolence, naïveté et utopie.
Une ombre obscurcit le tableau et va s’inviter à la table des convives et rebattre les cartes.
]]>En découvrant Le Dragon d’Evgueni Schwartz, Néry, artiste issu de la scène musicale française et du cinéma d’animation, s’est mis en tête de mettre en scène le texte de cet auteur russe de la première moitié du XXe siècle.
Peu monté en France, cet écrivain, interdit sous Staline, nous convie dans un monde féérique, un monde à l’imaginaire délirant, un monde où les chats parlent avec les ânes, où les princesses courent des dangers terribles et où les héros à la verve chevaleresque tuent des dragons à trois têtes. Un monde à la fois drôle, hallucinant, décalé mais aussi sombre et visionnaire. Car cet univers fantasmagorique est l’occasion pour Schwartz de dénoncer les pires dictatures.
En portant à la scène le Dragon, l’enjeu est clair : recréer une histoire écrite comme un conte de fées tout en évoquant des thèmes comme l’asservissement, la peur, la tyrannie et le dépassement de soi.
A une époque où la place du pouvoir est un enjeu central dans toutes les sphères de la société et au sein même des relations entre les individus, les questions soulevées par le Dragon semblent des plus actuelles.
Le chevalier Lancelot arrive dans une petite ville qui depuis des siècles est sous l’emprise d’un terrible dragon. Pour asseoir son pouvoir et sa domination, le monstre exige chaque année des habitants un lourd tribut, dont une jeune fille en sacrifice.
En bon héros qui se respecte, Lancelot décide de délivrer la ville du despote et de sauver la belle demoiselle, non sans se heurter aux villageois qu’un long asservissement a transformés en de dociles sujets. Par sa foi et sa détermination, Lancelot réussira dans son entreprise, mais une fois la bête morte, le pouvoir sera récupéré par le bourgmestre et son fils.
Lancelot aura-t-il vraiment gagné son pari? Et si l’oppresseur n’était pas tant le dragon que l’homme lui-même capable de toutes les tyrannies?
Comme un adulte replongeant dans une histoire qu’on lui lisait et relisait enfant …
Mon parcours de montreur d’histoires et de technicien est jalonné de rencontres et d’expériences qui m’ont conduit à tantôt poser mes malles dans des ateliers de cinéma où j’étudiais l’art du film d’animation, tantôt dans la rue où, m’essayant à la chanson, je goûtais aux joies brutes de la scène improvisée, puis, mordu par la scène et piqué par l’écriture, je continuais à chanter dans les théâtres où la fascination du plateau m’attira définitivement m’offrant tous les outils pour créer, raconter, expurger, voyager, mettre en scène et surtout partager. Chaque fois je croisais ou côtoyais des gens passionnés par leur travail et qui pour moi furent des maîtres : Paul Grimault, Jacques Higelin, Philippe Hottier, Robert Doisneau, autant de gens tellement convaincus par leur art qu’ils éclairèrent mes chemins affamés de création.
En murissant, je me suis posé à la croisée de ces chemins et cherchant les coïncidences et les complémentarités de ces expériences j’ai cherché et cherche encore pour chaque nouvelle création à conserver ce que ces formes artistiques ont d’unique en forme, en impact et en rémanence.
Evgueni Schwartz est un auteur qui m’a tout de suite attiré aussi bien dans la forme de langage employée que dans le choix et le caractère des personnages qu’il a mis en scène pour servir son propos.
Souvent interdit par la censure stalinienne, la simplicité du propos et la naïveté apparente des situations écrites par Evgueni Schwartz cachent quelque chose de plus profond qu’il me plait d’aller chercher.
Philippe Hottier, ancien comédien du Théâtre du Soleil, fut mon professeur de théâtre. Notre travail déclencha en moi ce qui occupa une grande partie de ma vie : « les Nonnes Troppo » et « les VRP », deux groupes de musique extrêmement théâtralisés. Une coïncidence symbolique veut que ce même Philippe Hottier tint le rôle du Bourgmestre dans Le Dragon mis en scène par Christophe Rauck au Théâtre du Peuple en 2003.
Le plaisir est donc entier : Marcher sur les plates-bandes de mon professeur de théâtre, et utiliser mon expérience multidisciplinaire pour créer une pièce aux sujets brûlant d’actualité.
« Comme une vaste chambre d’enfant surveillée par une autorité impalpable et changeante»
e cheminement jusqu’au « Dragon » passe pour moi par l’envie très forte de « jouer à jouer » et traiter l’univers inventé par Schwartz comme une vaste chambre d’enfants dont les occupants sont pris à leur propre jeu, pour dénoncer un sujet très adulte : l’abus du pouvoir et les méandres pour y parvenir.
Dans cette chambre désordonnée, les enfants entourés de poupées, de jouets, d’animaux en peluche, toutes proportions confondues, forment un village hétéroclite et hiérarchisé. Le capharnaüm semble s’organiser autour de cette société de petits hommes prêts à tout pour défendre leur rôle.
Un mystérieux dragon – figure de l’adulte perverti par le pouvoir – règne en maître sur cette population résolue à satisfaire ses désirs contre un semblant de tranquillité. La perversité du Dragon prend toute sa puissance au fil de l’histoire empruntant des formes physiques et mentales tantôt naïves et tantôt brutales ; tantôt résolument concrètes ou parfois insidieusement abstraites.
Elsa, une jeune fille destinée comme tant d’autres avant elle à être livrée au dragon, prend vie sous la forme d’une poupée à taille humaine. Manipulée à vue, elle représente sous cette forme la femme, objet de tractations que l’on se passe de main en main ; cependant, en retrait derrière cette femme-objet, la comédienne lui prêtant vie ne sera pas effacée pour autant et donnera naissance à la seconde nature d’Elsa : Elsa la combattante, Elsa l’amoureuse de la vie.
Vingt-trois personnages à mettre en scène pourrait sembler une difficulté insurmontable quand on ne prévoit que six comédiens pour les incarner ; mais y a-t-il un seul enfant à qui cela ferait peur ? En réunissant comédiens et marionnettistes, tous potentiellement manipulateurs, sachant que tout le monde restera en scène même quand il est « hors-jeu », je multiplie les possibilités de prêter vie à cette multitude de personnages. En combinant les multiples techniques de marionnettes alliées à la projection vidéo, autant d’échelles visuelles qui permettront au spectateur de passer d’une scène comme d’une « dimension » à une autre. La peur, le fantasme, l’absurde pourront alors être perçus à des degrés différents.
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